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Guy Bedos

Avec Sophie Daumier, il a partagé sa vie, mais aussi son amour de la scène, où ils ont excellé en duo.

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" Le mélancomique "

   L'humoriste aux mots-uppercuts a fait rire la France de gauche et a bousculé celle de droite durant 40 ans. Viser les cons de tous bords était sa résilience à lui. Après une jeunesse marquée par la violence et la misère affective.

   Algérie. Le pays où tout a commencé pour Guy Bedos, qui est né à Alger le 15 juin 1934. De ses quinze premières années là-bas - il arrivera en France en juin 1949, accompagné de sa mère et de ses deux demi-soeurs jumelles -, il a jusqu'au bout gardé de mauvais souvenirs. Marqué par les coups plutôt que par les gestes d'amour.

- Il a tout juste 5 ans quand ses parents, Alfred Bedos, visiteur médical, et Hildeberte Verdier, se séparent. -

 " Un jour je n'ai plus vu mon père ", confiera Guy, " c'est un autre homme qui dormait avec ma mère. " Un ouvrier de scierie, raciste, antisémite et, pour couronner le tout, violent avec sa femme, qui elle-même a la main leste avec son fils. Un environnement toxique auquel il échappe pendant deux ans de pension à la campagne, le " passage préféré " de son enfance. Dans la ferme qui l'accueille, Finouche, sa vrai maman comme il l'a écrit dans ses mémoires d'outre-mère (2005), lui apprend à lire, à écrire, à compter, mais aussi  " à penser liberté, égalité, fraternité ". De retour chez lui, la misère affective et la violence, toujours de mise, lui provoquent des troubles obsessionnels compulsifs et lui donnent surtout des envies de fuite.Il s'envolera finalement à 17 ans, deux ans après son arrivée en France, pour échapper à " une momification d'ennui mortel ". Il vend d'abord des livres en porte-à-porte, avant d'intégrer l'école de la comédie de la rue Blanche, en compagnie de Jean-Paul Belmondo et Jean-Pierre Marielle. Le théâtre classique le guérit peu à peu de ses tourments, mais c'est au music-hall qu'il se fait connaître, comme humoriste, encouragé par Jacques Prévert. Le poète lui dit ainsi un jour : " Vous devriez écrire." 

- Guy Bedos aura touché à tout.-

    A la scène bien sûr, son milieu naturel, avec ses revues de Presse à ébranler le plus capé des politiques, ainsi qu'avec deux pièces écrites par son fils Nicolas. Mais aussi à la télévision, un peu au cinéma, où Yves Robert le fait tourner dès 1965 dans les copains, avant de lui offrir un de ses plus beaux rôles, celui de Simon Messina, médecin sous la coupe de sa mère, dans deux films devenus cultes, Un éléphant ça trompe énormément,et Nous irons tous au paradis (1977). Il ne trouvera plus d'emploi aussi marquant par la suite. " Je n'ai pas la moindre amertume envers un cinéma qui m'aurait négligé, seulement un regret et aussi de la lucidité ", dira-t-il. Bedos, qui reçut le Molière du meilleur one-man show en 1990, savait avoir trouvé dans la comédie et la fiction un refuge " pour supporter l'insupportable du réel ". Et dans sa liberté de parole, le fondement d'une rare longévité.

- Ses Amours de l'ombre -

  Grand séducteur, Bedos se sera donc marié trois fois. Avec Karen Blanguernon, Sophie Daumier, et Joëlle Bercot. Cependant, dans les années 1960, le comédien eut également des amours éphémères, qu'il garda longtemps secrètes. Avec Françoise Dorléac, la soeur de Catherine Deneuve, ainsi qu'avec Suzanne Gabriello, qui fut aussi la compagne de Jacques Brel.

 

 

 

Nicolas bedos

 

Nicolas Bedos ci-dessus

 

 

  - Nicolas, qui a hérité de lui une plume mi-acerbe, mi-tendre, a écrit à son père une émouvante lettre d'adieu.-

 

   Quelques jours après son départ, entouré des siens et de ses chats dans son appartement de l'Île Saint-Louis, à Paris. L'esprit confus et le corps usé, il avait cessé de s'alimenter.

Papa une dernière nuit près de toi. Des bougies, un peu de whisky, ta main si fine et féminine

qui serre la mienne jusqu'au petit jour du dernier jour. Ton regard enfantin qui désarme un peu plus le gamin que j'redeviens.

Fâché de ne plus pouvoir parler, tu envoies des baisers muets à ta femme adorée, à ta fille bien-aimée, à la fenêtre sur

l'île Saint-Louis, au soleil que tu fuis. 

Depuis son corps repose au cimetière du village de Lumio, sur cette île qu'il appelait

 son  " Algérie de rechange ".

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 02/08/2021

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